Chauny : La crise, l’extrême droite, le chomâge…

Publié: 4 décembre 2009 par luttennord dans Infos
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La France en crise, modèle réduit: bienvenue à Chauny (2/3)
Gérald Andrieu – Marianne | Mardi 1 Décembre 2009 |

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Dans la France en crise version modèle réduit qu’est Chauny, c’est le règne du « c-est-pas-nous-les-responsables-c-est-les-autres ». À commencer du côté des responsables locaux du Front national vers lesquels tous les regards convergent. L’équation est simple : parmi les jeunes « nationalistes » prenant part aux échauffourées, deux personnalités se détachent, celles de Mario et Lucie Luisetti, deux adhérents du FNJ pas comme les autres puisqu’ils sont aussi les enfants du « patron » du FN chaunois, Jean-Jacques Luisetti.

Pour lui, tout ça n’est qu’amalgame : « Je suis le responsable du coin du Front, mon fils et ma fille sont au FNJ, alors le raccourci est vite fait. Mais le FN n’a rien à voir là-dedans. » D’ailleurs, selon lui, si certains pointent du doigt l’organisation frontiste, « c’est normal, explique-t-il, parce qu’on a essayé de faire une liste aux municipales et ça, ça ne plaît pas. » Des propos auxquels adhère Didier Petitjean, responsable du FNJ dans l’Aisne et qui, début septembre, évoquait dans la presse la création à Chauny d’une « association contre le racisme anti-blanc ». Wallerand de Saint-Just, responsable départemental du Front, avocat de Jean-Marie Le Pen mais aussi des Luisetti, tient peu ou prou le même discours, mais assure que « le FN ne cherche pas à faire de Chauny un nouvel Hénin-Beaumont. »

«Il s’agit en vérité d’autodéfense»
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Il n’empêche. Même si le FN nie vouloir instrumentaliser les jeunes « nationalistes », un tract intitulé « Halte aux agressions » (voir ci-contre) et se proposant de rétablir la « vérité » sur les événements qui agitent la petite commune de l’Aisne peut laisser entendre le contraire. Ledit tract se termine par un « coupon » que peuvent remplir ceux qui souhaiteraient rejoindre les rangs du Front national. « Tous les soirs, à Jean Macé ou à Gay-Lussac, explique le texte, les jeunes filles sont systématiquement insultées, provoquées, agressées par une racaille nombreuse, toujours les mêmes, stationnant aux portes des lycées après avoir zoné toute la journée en ville. Tous les soirs, il faut venir protéger ces filles et leur permettre de rentrer chez elles sans trop d’encombre. Ce sont leurs frères, leurs amis qui s’en chargent. (…) Il s’agit en vérité d’autodéfense, toutefois, comment faire autrement lorsque les crapules sont aussi nombreuses et lorsque les autorités ont autant baissé les bras. »

Même si les chiffres de la délinquance (en baisse sur les premiers mois de 2009) plaident en faveur de l’équipe municipale en place, même si cette dernière estime avoir fait sa part du boulot en investissant en masse dans ce qu’elle tient à appeler la « vidéoprotection », elle semble en effet un peu dépassée et bien incapable de venir à bout des rixes entre jeunes. C’est un fait.

Et de son côté aussi, c’est le règne du « c-est-pas-nous-les-responsables-c-est-les-autres » : « Les parents d’élèves se demandent ce que fait la Ville ?, explique Jean-Pierre Liefhooghe, premier adjoint au maire divers droite de Chauny, Mais on ne demande pas à une collectivité de faire ce qu’elle ne peut pas : la sécurité d’une commune est de la compétence de l’Etat. » Et pour Jean-Pierre Cazé, l’adjoint à la sécurité, de rebondir : « C’est d’abord aux parents de prendre en charge leurs enfants. D’autant plus que la plupart de ceux qui sèment le désordre ne sont pas des enfants de Chauny. Ils ne sont même pas scolarisés ! »

«Dans cette histoire, nous sommes victimes»

Mais les élus ne se contentent pas de renvoyer la balle — assez justement d’ailleurs – aux parents. Pour le premier adjoint au maire, la justice a sa part de responsabilité : « Quand certains prennent 100 heures de Travail d’intérêt général en 18 mois, ça fait quoi ? 5 heures 30 par mois. C’est ridicule ! » La faute aussi, d’après lui, aux « autorités éducatives » : « Elles doivent faire leur boulot. Mais où sont-elles les équipes éducatives ? »

Elles semblent en effet quelque peu gênées aux entournures et préfèrent se faire discrètes : « Nous n’avons pas de commentaires à faire. Ce n’est pas que nous fassions obstruction, explique Cédric Cardoso, proviseur adjoint de Gay-Lussac, mais c’est que nous nous sommes déjà assez exprimés dans la presse locale. » Et la réponse du maître des lieux, le proviseur Jacques Tabary, dans les colonnes du journal L’Union, peut finalement se résumer en deux phrases : « Il n’y a aucun règlement de compte au sein du lycée » et « dans cette histoire, nous sommes victimes ». Bref, encore et toujours le fameux « C-est-pas-nous-les-responsables-c-est-les-autres »…

Un discours que Karim Chafi estime avoir trop entendu de la part des autorités. Pendant quelques années, ce père de famille de 31 ans a dirigé l’association AJIR, une association née du désir de faire bouger la Résidence, le quartier « mal réputé » de Chauny. Jusqu’à ce qu’il finisse par la dissoudre : « On a voulu faire de moi le représentant d’une communauté que je ne suis pas. On m’a accusé de faire de la politique avec cette association, de mettre de l’huile sur le feu. »

Aujourd’hui, l’association AJIR, n’est plus. Mais Karim Chafi garde en mémoire tous les actes racistes commis depuis près de deux ans. Certains plus que d’autres. Comme lorsqu’« une mère de famille s’est fait arracher son voile » ou que « des tags avec des croix gammées ont été faits sur le mur de la mosquée » qu’il fréquente, une bâtisse anodine du quartier de la gare, aménagée en lieu de culte. Ou bien encore lorsqu’un ami s’est fait agressé lors d’un jogging : « Les gendarmes ont perquisitionné et ont trouvé chez un des agresseurs un drapeau avec une croix gammée… » Lui explique s’être tourné vers la mairie, avoir écrit aux ministres de la Justice et de l’Intérieur de l’époque (Rachida Dati et Michèle Alliot-Marie), au MRAP, à la LICRA, à SOS-Racisme et au Collectif contre l’islamophobie en France. À l’en croire, seul ce dernier interlocuteur aurait réagi. « Je sais, ça fait un peu communautariste », confesse gêné Karim Chafi…

«La crise explique, mais n’excuse pas tout»

Désormais, il en est à se dire qu’il est « trop tard pour que les autorités réagissent ». Et, sans y croire vraiment, explique « songer, avec sa femme, à quitter Chauny » même s’ils viennent tout juste de construire. Il sait, dit-il, que la « montée de l’extrême droite et du néo-nazisme en Picardie comme ailleurs » se nourrit de la « misère sociale » : « Derrière les petits, il y a des adultes. Ils prennent des jeunes en difficulté, issus de familles très pauvres. La crise, ça explique certaines choses… Ça explique, mais ça n’excuse pas tout… »

La crise explique en effet certaines choses. Et dans ce petit concentré de France qu’est Chauny, les premières conséquences vraiment visibles de la crise commencent tout juste à faire leur apparition. L’entreprise Nexans, « la Thomson » comme l’appellent certains anciens, une institution à Chauny depuis 1922, est en passe de fermer ses portes, laissant sur le carreau 220 employés et presque autant de famille… Jean-Jacques Luisetti leur a rendu visite. D’après lui, cinq à six salariés auraient pris ou seraient en passe de prendre leurs cartes au FN. « On ne cherche pas la misère des gens pour faire des cartons », se défend le responsable du FN chaunois.

Avant la crise, ici, le FN était au point mort mais se portait déjà très bien dans les urnes : 17,43% pour Jean-Marie Le Pen à la présidentielle de 2007, soit 2 points de plus que sur l’ensemble de la région picarde, 7 points de plus qu’au niveau national. Maintenant, il y a la crise, il y a Nexans et les autres entreprises qui peut-être suivront. Bienvenue à Chauny, bienvenue dans une France en crise, modèle réduit…

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