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Heil Meister !

Publié: 3 avril 2012 par durruticolumn dans Antifascisme, Syndicalisme
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Ces douloureuses évidences que la milice de Meister est venu exhiber

La tyrannie patronale est déjà au centre de nos vies
Qu’une meute de gros bras armés, à la solde de la transnationale Poppe
+ Potthof, ait lancé une expédition punitive contre les ouvriers de l’usine Meister à Sprimont n’est en rien un fait étranger au fonctionnement régulier de la présente organisation sociale. Bien au contraire, cette affaire, dans ses tenants et aboutissants, est avant tout emblématique puisqu’elle fait scintiller la barbarie ancrée au cœur de la société de classe. En cela, les brutalités et le saccage commis par les nervis de Meister renvoient à la violence qu’est en soi l’exploitation capitaliste, pour l’élever momentanément et localement à un degré plus haut. Car, depuis des générations, le quotidien du salarié c’est, pour survivre, être contraint de livrer sa force de travail, son temps et sa vie à une clique parasitaire, la bourgeoisie, parce que celle-ci est propriétaire des moyens de produire. En réalité, cette propriété n’est que le pouvoir de voler et disposer du labeur de la majorité. Voilà la violence incontournable et permanente qui façonne jusqu’au moindre détail de nos existences, si puissante qu’elle a su remodeler la normalité à son gré, si fanatique qu’elle est parvenue à vaincre les assauts passés des opprimés visant à la supprimer !

La bourgeoisie elle-même est une bande de vandales
En fomentant ces exactions crapuleuses, le groupe Poppe + Potthof n’a pas seulement accentué, dans un lieu de production donné, l’oppression ordinaire qui s’exerce sur l’ensemble de la classe ouvrière. Il a décidé de participer au climat de terreur patronale qui s’est installé en Belgique, comme dans toute l’Europe, ces trois dernières années. Car c’est bien la logique globale de pillage et de répression, qui s’abat sur tous les travailleurs du continent, et bientôt du monde entier, que la direction de Meister, suivant l’exemple récent de ArcelorMittal Liège, applique à Sprimont : exploiter l’ouvrier ne suffit plus, il s’agit de briser son salaire, lui ôter son outil de production, le jeter au chômage, délocaliser le capital vers des zones à moindre coûts, éradiquer par la force toute résistance. Confisquer les moyens de vivre librement et dignement au plus grand nombre par la généralisation de la misère, la précarité et la peur, tel est l’inhumain modèle de société qu’instaurent les puissants industriels allemands, comme le reste des capitalistes. D’ailleurs, l’ironie de l’Histoire a voulu que les miliciens de Meister aient sévit alors que le Parlement Européen s’apprêtait à voter un nouveau traité, faisant de l’austérité, c’est à dire le dépouillement des travailleurs, un principe constitutionnel dans chaque Etat membre.

Le cancer capitaliste rongera le prolétariat jusqu’à l’os
La classe dominante est bel et bien engagée dans une guerre féroce contre le salaire global et elle utilisera les plus funestes méthodes pour sauver ses profits dans cette jungle économique planétaire qu’elle a pourtant elle-même créé. Telle est la règle qui, depuis deux siècles, prédomine lorsque la crise du régime de production atteint son paroxysme. Comme dans les années 1930-1940, le prolétariat est à nouveau la proie, ciblée par l’instinct de survie du capitaliste. Il doit rendre les droits arrachés de haute lutte, renoncer à un mode de vie jugé trop coûteux. Désormais, tous les coups sont permis. C’est à la lueur de cette seule vérité, qui déjà s’exécute impitoyablement en Grèce, au Portugal ou en Espagne, qu’il faut comprendre les dernières prises de positions publiques de l’Union Wallonne des Entreprises, l’Union des Classes Moyennes et des Chambres de Commerce et d’Industrie Wallonnes. Ces marques de solidarité assumées du patronat wallon avec les malfaiteurs de Meister sont autant d’appels à intensifier la lutte anti ouvrière. Les plaintes pour vol contre les salariés fraîchement agressés déposées par les entreprises voisines du site viennent durcir la haine qui déchaine dorénavant l’affrontement classe contre classe. Le prétexte d’une supposée « violence » qui agiterait les ouvriers belges pour justifier le recours patronal à une horde de petites frappes néo-nazies allemandes ne trompe personne : les nantis veulent nous faire endosser la responsabilité de leur déboires criminels tout comme ils souhaitent nous faire payer le naufrage de leur système économique. Surtout, ils aimeraient tellement que nous nous laissions liquider en silence !

Il n’y a pas d’autre issue que la lutte révolutionnaire
Une fois de plus, les institutions ont montré que l’intérêt général qu’elles servent n’est que celui des possédants. La police et ses responsables, bourgmestres, ministres de l’intérieur et de la justice en tête, ont été complices des malfrats en organisant leur paisible raccompagnement à la frontière. Les partis de gouvernement ont feint de se scandaliser tout en surfant sur l’événement pour dénoncer la « violence ouvrière » de ces derniers mois. Les fachos de Nation, les indépendantistes de la N-VA, se sont bien gardés d’exprimer la moindre indignation puisque ce sont leurs compagnons d’armes qui sont venus casser de l’ouvrier. L’extrême-gauche, quant à elle, a versé dans de vifs émois mais continuera de soutenir les grandes centrales syndicales dans la négociation de notre régression. Déjà, à Meister Sprimont un « manager de crise » a été désigné avec la bénédiction des syndicats pour gérer la « transition » vers la fermeture du site. Dans notre farouche lutte contre la furie bourgeoise, ne comptons que sur nous-mêmes. Neutralisons les collabos de classe, bureaucrates syndicaux, militants politicards. Fondons nos propres comités de lutte, issus des assemblées de travailleurs, dans les usines, les bureaux, les quartiers. Demain, la multiplication des milices patronales, auxiliaires des flics, nous forcera à former des milices prolétariennes. La concertation sociale, assassinée par les patrons, est enterrée. Vive la lutte prolétarienne autonome ! Bientôt, l’esprit insurrectionnel de l’hiver 1960- 61 refleurira. Ce sera eux ou nous.

Groupe d’Action Pour la Recomposition de l’Autonomie Prolétarienne

garap2011@hotmail


La direction de l’usine automobile « Sevelnord », à Lieu-Saint-Amand (Nord), est engagée depuis quelques années dans une logique de productivité à outrance afin d’augmenter la compétitivité et la rentabilité de l’entreprise. Certains parlent d’une possible fermeture d’ici 2015. Concrètement, cela se traduit par une diminution des effectifs de production associée à une accélération du défilement de la chaîne et à une augmentation de la charge de travail pour chaque salarié. La colère monte dans les ateliers et les débrayages spontanés se multiplient. Dans ce contexte, une section CNT y a été créée en 2010. S’il est certain que nous reviendrons sur l’évolution de la situation, nous vous proposons ce mois-ci une première rencontre avec le représentant de la section CNT, Franck.

Ça fait longtemps que tu travailles à Sevelnord ?

Je suis dans le groupe depuis 1993. À 44 ans, après quelques expériences syndicales, j’ai décidé d’affirmer au grand jour mes convictions révolutionnaires et anti-institutionnelles. Une seule évidence s’offrait à moi : la CNT !

Quelle est l’histoire de Sevelnord ? On y produit quoi, pour qui ?

C’est une société au capital partagé (50/50) entre PSA Peugeot-Citroën et Fiat. Située près de Valenciennes, Sevelnord compte 2 400 salariés en CDI et environ 250 précaires (intérim, stagiaires, CDD, etc.). On y fabrique en majorité des véhicules utilitaires et des monospaces pour ces deux groupes.

Et la section CNT ?

Elle est implantée sur le site depuis le 6 septembre 2010.

Monter une section CNT dans une telle usine, cela ne doit pas être facile… C’est rare dans ce genre de structure. Combien êtes-vous et comment êtes-vous perçus ? Comment les valeurs et les idéaux de la CNT sont-ils accueillis ?

Implanter une section CNT dans un tel groupe, c’est un parcours du combattant, malgré les nouvelles facilités de la loi sur la rénovation sociale d’août 2008. Il faut se battre contre la direction pour imposer ses droits et faire respecter les règles législatives. Mais il faut se battre aussi contre tous les syndicats déjà présents, peu décidés à nous laisser une place dans le paysage syndical !

Notre section est composée de quelques militants et bon nombre de sympathisants qui nous soutiennent et nous encouragent. Nos valeurs cénétistes sont perçues de façon bipolaire : d’un côté, ceux qui sont farouchement contre notre idéologie syndicale ; de l’autre, les sympathisants, en attente d’un nouveau souffle radicalement différent, qu’il soit révolutionnaire ou anarchiste.

En juin dernier, un tract de la section CNT de Sevelnord disait que la direction se moquait des travailleurs… À quelle(s) attaque(s) cela répondait-il ?

Depuis trois ans maintenant, la direction a engagé un processus de réduction de l’effectif et de destruction d’emplois afin d’augmenter la productivité, donc la rentabilité et les profits pour les actionnaires. À coup de plans de restructuration, de départs plus contraints que volontaires, de mutations forcées, de licenciements individuels, tout ça avec la complicité de la direction du travail, l’usine se vide lentement mais sûrement (nous étions encore 4 300 salariés en 2006) ! Cette situation est justifiée par la crise économique, selon la direction. Alors que dans le même temps, le groupe investit des milliards d’euros au Brésil, en Russie, en Inde, en Chine – la « Bric » comme l’appellent les médias. Et pour tous les gros investisseurs avides d’argent, la Bric, c’est le fric assuré !

Comment la situation a évolué au cours des derniers mois ?

La situation aujourd’hui est conforme à la volonté de la direction, c’est-à-dire des effectifs toujours moindres et, pour les salariés, des charges de travail toujours plus lourdes, complexes et diversifiées à outrance. Une menace de fermeture du site vient s’ajouter à cette pression constante. Le but de la direction étant de stresser et angoisser au maximum les salariés pour les rendre esclaves ou démissionnaires.

En décembre, vous dénonciez à nouveau les agissements de la direction mais également l’attitude des « syndicats collaborateurs ». Quels rapports avez-vous avec les autres syndicats ?

À Sevelnord, il y a sept autres syndicats (CFDT, CFTC, SUD, CFE/CGC, FO, SPI, CGT), soit une centaine de mandatés dans toutes les instances, délégués du personnel (DE), comité d’entreprise (CE), délégués syndicaux (DS), comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), commissions, etc. Ils sont quasiment tous corrompus par l’argent et les gros avantages sociaux distillés avec intelligence par la direction (budget du CE : 800 000 euros). Dans ces conditions, quels rapports peut avoir notre section CNT avec ces syndicats ?

Qu’en est-il de la répression dont vous faites état ?

Les objectifs en la matière de la direction n’étant toujours pas atteints, cette répression continue et s’intensifie : suppressions de postes, mutations forcées, licenciements individuels, mauvaise volonté à trouver un poste aux nombreux salariés soumis à restriction médicale…

Quelles actions envisagez-vous ?

Nous intervenons juridiquement (prud’hommes, tribunal administratif, inspection du travail) pour faire condamner les responsables DRH sans foi ni loi, nous tractons avec des contenus sans concessions pour la direction, nous militons au quotidien et défendons les salariés qui nous sollicitent, dans la mesure de nos possibilités car nous sommes encore une petite section.

Certaines de vos interventions ont déjà été payantes ?

Bien sûr. Nous avons assuré la défense de certains salariés afin qu’ils bénéficient de leurs droits, nous nous sommes imposés comme la référence syndicale en matière de vérité, de justice sociale et d’actions militantes.

Quel type de solidarité peut être apporté ?

Une mobilisation continue pour aider au tractage, et la possibilité d’interpeller les médias quand cela est opportun.

Article paru dans « Le Combat Syndicaliste » de mars 2012
Propos recueillis par Mari Otxandi (syndicat CNT culture Aquitaine)

A propos de la section CNT de Sevelnord, voir également cette vidéo réalisée l’année dernière

Source : CNT 59/62


Le collectif des Agités du Social et l’AG de lutte vous invitent à participer à la troisième projection qui viendra clôturer le cycle sur le thème du travail.

Le documentaire « Putain d’usine » sera projeté jeudi 23 Juin à 19h à la Maison d’Accueil du Jeune travailleur (MAJT Moulins), 40 rue de Thumesnil à Lille. Venez nombreux!

A bientôt, le collectif des Agités du Social et l’AG de lutte.