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Fibre sociale !…
Après avoir refusé toute intervention forte auprès de ses amis politiques en charge de l’accueil des Demandeurs d’asile (Ministre de l’intérieur et de l’immigration, 1er ministre…) ;

Après avoir refusé tout geste de fraternité comme l’installation d’une toilette publique sous le Pont de Paris qui aurait redonné un peu de confort et de dignité à ces femmes et hommes abandonnés depuis plus de six mois à la rue ;
Après être intervenu pour restreindre leur accès à l’eau…
Voici que Madame Le Maire de Beauvais décide d’assigner en justice 30 Demandeurs d’asile réfugiés sous le Pont de Paris ! Les masques tombent définitivement. Sa demande est simple et terrible : “… (que soit ordonné) leur expulsion immédiatement dès le prononcé de la décision ainsi que celle de toute personne établie sans droit ni titre se trouvant sur le terrain et de tous matériels pouvant se trouver sur place et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard par infraction constatée par jour de retard. (Et que soit autorisé) l’huissier chargé de l’expulsion à requérir la force publique…”
Ce, alors que la trêve hivernale des expulsions a débuté depuis quelques jours et que les pouvoirs publics ne prévoient aucune “mise à l’abri” au-dessus d’une température de – 5° C (froid ressenti). Demander une astreinte financière à des personnes sans aucun revenu et percevant au mieux 10 euros quotidiens (la fameuse Allocation Temporaire d’Attente – ATA -) avec laquelle il leur faudrait se loger, se nourrir (ils ont été exclus du déjeuner à la Boutique Solidarité), se
vêtir… relève véritablement de l’acharnement !
Cette décision est donc particulièrement brutale, elle est tout aussi vaine : où pourraient donc aller ces pauvres bougres, si ce n’est s’installer quelques mètres plus loin et au bout de quelques jours récupérer à nouveau quelques cartons pour se protéger des intempéries ?
Devront-ils se faire transparents ? Leur refusera-t-on le droit, le réflexe plutôt, de s’abriter comme ils le peuvent, si précairement ?
Et que Madame Le Maire ne nous fasse pas croire qu’elle souhaite par cette décision inique les protéger d’un lieu évidemment indigne et dangereux, ce que nous avons été les premiers à dénoncer, et placer les pouvoirs publics devant leur responsabilité. Elle aurait pu sinon déposer un référé à l’encontre du préfet, le responsable, ce que nous avons fait à de nombreuses reprises et parfois obtenu du Tribunal Administrative gain de cause.

Un référé émanant d’une municipalité aurait eu évidemment bien plus d’impact encore. Mais cela Madame Le Maire s’est toujours refusée à le faire préférant s’en prendre aux victimes quitte à s’acharner sur eux !
Dire que, nouvellement élue sénatrice, elle a souhaité se faire élire à la commission des Affaires sociales “étant donnée ma fibre sociale…”, osa-t-elle déclarer ! Ce jour, ces Réfugiés, déjà physiquement et moralement “au fond du trou”, étaient particulièrement inquiets et désespérés. Ils se demandaient quelle(s) peine(s) allaient leur être infligées, quel pouvait être leur avenir… ? Ils ressentaient comme une indignité le fait d’être traînés devant un tribunal… Bref, cette assignation est un véritable coup de grâce !
Pour sa part, Solidarité Migrants pendra toutes ses responsabilités pour que les droits les plus fondamentaux et la dignité de ces Réfugiés soient respectés :
Nous nous sommes mis en quête d’un avocat qui assurera leur défense ;

Nous appelons tous les élus, les partis, associations, syndicats…, citoyens de cœur et de bonne volonté… à rejoindre l’Assemblée Générale qui se tiendra ce mardi 8 novembre 2011, à 18 heures 30, à la Maison des Syndicats de Beauvais (rue J.B. Baillière, derrière l’Université Jules Verne) ;
Nous nous retrouverons le plus nombreux le jour de l’audience qui se déroulera au Tribunal de Grande Instance de Beauvais, le jeudi 10 novembre 2011, à 9 heures.Nous tenons à signaler que l’attitude de Madame Le Maire de Beauvais ne dédouane en rien Monsieur Le Préfet de l’Oise : si ce dernier remplissait ses devoirs et respectait la loi en matière d’accueil des Réfugiés, jamais cette situation ne serait advenue.

Nous constatons enfin que cette nouvelle agression s’inclut dans une véritable guerre aux pauvres qui de plus en plus s’installe dans notre pays : culpabilisation des chômeurs, des fraudeurs des prestations sociales (mais pas des fraudeurs fiscaux),… remise en cause de tous les droits, multiplication des arrêtés interdisant la mendicité. Cela devient véritablement insupportable !

Solidarité Migrants en appelle à une véritable insurrection des consciences : il en va de notre dignité et de notre devenir à tous, humanité ou barbarie !

Solidarité Migrants Oise
Beauvais, le 4 novembre 2011

Rien de nouveau sous le verglas…

Publié: 17 décembre 2009 par luttennord dans Infos
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Rien de nouveau sous le verglas

«Et v’la l’temps ousque dans la Presse
Entre un ou deux lanc’ments d’putains,
On va r’découvrir la Détresse,
La Purée et les Purotains !

C’qui va s’en évader des larmes !
C’qui va en couler d’la pitié !
Plaind’ les Pauvr’s c’est comm’ vendr’ ses charmes
C »est un vrai commerce, un méquier !»

Les soliloques du pauvre, Jehan Rictus, 1897.

En cent dix ans, rien de bien nouveau sous le verglas. Dès les premiers sans-abris ramassés canés sur un trottoir ou dans un parking, c’est la foire aux bons sentiments qui s’enclenche,  le sempiternel marronnier qui va faire glouglouter les dindons de la farce télévisuelle pendant toute la durée des frimas.  L’intègre Poivre et sa moumoute vont, jusqu’à la nausée, exhorter les bons citoyens à faire preuve de civisme entre dinde et livarot, en appelant le 115 pour que personne ne reste dehors. Sauf que le 115, quoiqu’en dise la dame Boutin, est déja plein ras la gueule  et qu’un bon nombre de SDF passent des heures à composer le numéro magique  en se pelant dans la cabine avant de s’entendre répondre que désolé y a plus de place.

Et quand il y en a de la place —un veilleur pour 42 personnes à Perpignan en 2004—, comment peut-on espérer éviter racket et violence, comment s’étonner qu’un bon nombre d’errants, les plus vieux souvent, préfèrent crever de froid que de se faire dépouilller dans ces jungles. Etre au chaud pour une, deux, trois nuits, dans la plus infecte des promiscuités, clodos, jeunes racailles en rupture de ban, routards, teufeurs, fous furieux ou non, immigrés clandestins, Polacks, Roumains, Russkofs, tout ce beau monde regroupé par clans, malheur à l’homme seul, au nouveau pauvre qui vient de déchoir, au petit vieux les lendemains de RMI, au pédé, au bouffon, à l’intello.

Quand j’y bossais, seul avec vingt personnes, dont pas mal de branques et de poivrasses agressives, j’avais déja bien du mal certains soirs à sauver mon cul, alors assurer la sécurité des plus faibles dans ce pandémonium, faire régner un minimum d’équité, grosse rigolade…
Que les lecteurs de mon bouquin me pardonnent pour les redites, mais y a vraiment pas grand’chose qui change. Quoique…

L’absolu triomphe des camelots du rien qui nous gouvernent, leur morgue et leur mépris offrent un boulevard à l’écrivaillon taquin. Pourtant, il me répugne de tartiner sur les aventures de Mickey, Mickey et le pape, Mickey et sa meuf, Bolufer et son HLM pas cher, les Don Quichotte à la baille, ou le clodo frigorifié place de la Concorde à deux pas de l’Elysée… Le journaleux indigné devient à la longue presque aussi vilain que les affreux qu’il fait mine de dénoncer.

Thierry pelletier, retrouver l’intégralité ici :

http://recits.blogs.liberation.fr/thierry_pelletier/2007/12/rien-de-nouveau.html#more