Marseille : Incidents et insultes racistes à l’avant-première de « Hors-la-loi »
Ce lundi à Marseille, près de 70 personnes -pieds-noirs, élus et militants FN- ont manifesté contre le film de Rachid Bouchareb.
(De Marseille) Plus de 70 militants nostalgiques de l’Algérie française étaient présents dans la soirée du lundi 20 septembre devant le cinéma Pathé Madeleine à Marseille, dans le IVe arrondissement.
Rassemblés sous une banderole « Financement français pour film anti-Français », pieds-noirs et militants d’extrême droite -dont six élus locaux du Front national- ont manifesté contre l’avant-première nationale du film de Rachid Bouchareb « Hors-la-loi », à l’aide de drapeaux tricolores et de pancartes.
Mais c’était sans compter la participation surprise du Parti des Indigènes de la République (PIR), la seule organisation ayant décidé de contremanifester et de brandir les affiches « France libérée, Algérie massacrée » en référence au massacre de Sétif, mais aussi « Coloniser = Exterminer ». Provoquant l’ire et les sifflets des anti-Bouchareb, ces derniers ont alors fondu sur les militants du PIR en provoquant bousculades et invectives musclées.
Un conseiller FN : « Ce ne sont que des Français de papier »
Commencent alors cinq minutes surréalistes à l’ambiance de pogrom, durant lesquelles la dizaine de policiers gardant l’entrée du cinéma s’interpose entre les groupes afin de maîtriser la situation. Puis la foule scande « OAS ! OAS ! » et « FLN, assassins ». Et d’autres renforts de police arrivent.
À cet instant, la petite rue du Bosquet incarne à elle seule la plaie mémorielle béante de la guerre d’Algérie. « Regardez ce qu’on nourrit », lâche dédaigneusement une vieille femme peroxydée portant une pancarte autour du coup sur laquelle sont imprimées d’atroces photos de tortures du FLN, en pointant un militant du PIR.
« Ce ne sont que des Français de papier », dit Stéphane Ravier, conseiller municipal FN de la ville de Marseille. « Sans les policiers, on les aurait bousillés », se vante encore un militant du Bloc identitaire auprès de ses camarades.
Dans le groupe, les propos racistes s’enchaînent, avant que ne soit entonné « Le Chant des Africains ».
Les Indigènes : « Nous nous devions d’être là »
Tarek Klabi, porte-parole marseillais du PIR, s’explique :
« Nous étions déjà venus pacifiquement à Cannes alors que des membres de l’UMP défilaient avec ceux du FN. Nous sommes revenus pour soutenir ce film. Ce sont les partisans de l’Algérie française qui sont venus nous charger et nous insulter en premiers.
Tout ce que nous voulons, c’est que les faits historiques réels soient la seule base d’échange et non pas les interprétations politiques. Nous sommes un parti anticolonialiste et nous nous devions d’être là. »
L’événement avait été annoncé et organisé par Patrick Mennucci, vice-président PS de la région Paca, délégué à la culture.
Mennucci à un pied-noir ultra : « Je vous emmerde »
C’est l’arrivée de l’ancien directeur adjoint de la campagne de Ségolène Royal qui provoquera la deuxième vague d’agitation. Accueilli sous les cris de « Mennucci, fellagha », il se retrouve, à l’entrée du cinéma, face à Hervé Lacolonge-Naas, un ancien détenu de l’OAS affirmant avoir connu, avec Jean Bastien-Thiry et Roger Degueldre, les couloirs de la mort.
Le pied-noir ultra interpelle le socialiste. Patrick Mennucci lui répond : « Je vous emmerde. » Il est à noter que, sur place, Marie-Claude Aucouturier, Elisabeth Philippe et Hubert de Mesmay, trois conseillers régionaux FN, ont été unanimes pour condamner durement le film. Mais ils ont également déclaré tous trois… ne l’avoir jamais vu.
Un contremanifestant isolé n’appartenant pas au PIR conclut :
« Moi, tout ce que je souhaite, c’est qu’en France on puisse librement aller voir un film au cinéma, qu’il soit bon ou mauvais. »
Photo : des manifestants contre le film « Hors la loi », à Marseille le 20 septembre 2010 (Jean-Paul Pelissier/Reuters).
Leur presse : Marseille 89
Bordeaux : une projection de « Hors la loi » perturbée par des militants d’extrême-droite
Un nouvel incident a eu lieu, vendredi soir, lors de la projection du film « Hors la loi », de Rachid Bouchareb.
Quatre militants d’extrême-droite ont déposé plus de deux litres d’ammoniaque sur le sol d’une salle du cinéma Mégarama, à Bordeaux, en Gironde, lors de la projection du film sur la guerre d’Algérie, révèle Europe 1.
Les pompiers et la police sont intervenus et la projection a été interrompue.
Selon un responsable du cinéma bordelais, les militants d’extrême-droite sont sortis d’une première salle de projection avant de pénétrer dans la salle où Hors la loi était projeté.
« Ils ont lancé des petits tracts à propos racistes et puis ils se sont vite sauvés en courant» a indiqué ce responsable de Mégarama.
Cette action de vendredi soir a été revendiquée par un groupe s’intitulant Organisation de l’Aquitaine secrète (OAS), indique TF1 News.
OAS : les mêmes initiales que le sigle de l’Organisation de l’Armée Secrète, qui, au début des années soixante, avait lutté pour le maintien de l’Algérie dans le giron de la France, et qui avait prôné la politique de la terre brûlée, après le cessez-le-feu du 19 mars 1962.
Sources : Europe 1, TF1 News, Le Post
Fréjus : le retraité voulait déposer des bombes contre les cinémas projetant « Hors la loi »
Ce sexagénaire, demeurant à Fréjus, dans le Var, était opposé à la projection du dernier film de Rachid Bouchareb, « Hors la loi ».
Il a alors passé un appel téléphonique anonyme, à partir d’une cabine téléphonique, à un média à Paris, pour annoncer qu’il allait déposer des bombes contre les cinémas projetant le film « Hors la loi ».
Le sexagénaire s’était réclamé du groupe d’extrême-droite « Charles-Martel », indique Nice-Matin.
Des menaces qui ont été prises au sérieux par la sous-direction antiterroriste rattachée à la Police de Marseille.
Les enquêteurs ont rapidement localisé le lieu de l’appel : une cabine téléphonique à Mandelieu-la-Napoule.
Mercredi le sexagénaire a été interpellé et placé en garde à vue.
Il a été jugé en comparution immédiate, vendredi après-midi, par le tribunal correctionnel de Draguignan, indique La Dépêche.
Cet ancien parachutiste et ex-militant du Front national, a écopé d’un mois de prison avec sursis et 3.000 euros d’amende.
Sources : Nice Matin, La Dépêche, Le Post