Rien de nouveau sous le verglas…

Publié: 17 décembre 2009 par luttennord dans Infos
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Rien de nouveau sous le verglas

«Et v’la l’temps ousque dans la Presse
Entre un ou deux lanc’ments d’putains,
On va r’découvrir la Détresse,
La Purée et les Purotains !

C’qui va s’en évader des larmes !
C’qui va en couler d’la pitié !
Plaind’ les Pauvr’s c’est comm’ vendr’ ses charmes
C »est un vrai commerce, un méquier !»

Les soliloques du pauvre, Jehan Rictus, 1897.

En cent dix ans, rien de bien nouveau sous le verglas. Dès les premiers sans-abris ramassés canés sur un trottoir ou dans un parking, c’est la foire aux bons sentiments qui s’enclenche,  le sempiternel marronnier qui va faire glouglouter les dindons de la farce télévisuelle pendant toute la durée des frimas.  L’intègre Poivre et sa moumoute vont, jusqu’à la nausée, exhorter les bons citoyens à faire preuve de civisme entre dinde et livarot, en appelant le 115 pour que personne ne reste dehors. Sauf que le 115, quoiqu’en dise la dame Boutin, est déja plein ras la gueule  et qu’un bon nombre de SDF passent des heures à composer le numéro magique  en se pelant dans la cabine avant de s’entendre répondre que désolé y a plus de place.

Et quand il y en a de la place —un veilleur pour 42 personnes à Perpignan en 2004—, comment peut-on espérer éviter racket et violence, comment s’étonner qu’un bon nombre d’errants, les plus vieux souvent, préfèrent crever de froid que de se faire dépouilller dans ces jungles. Etre au chaud pour une, deux, trois nuits, dans la plus infecte des promiscuités, clodos, jeunes racailles en rupture de ban, routards, teufeurs, fous furieux ou non, immigrés clandestins, Polacks, Roumains, Russkofs, tout ce beau monde regroupé par clans, malheur à l’homme seul, au nouveau pauvre qui vient de déchoir, au petit vieux les lendemains de RMI, au pédé, au bouffon, à l’intello.

Quand j’y bossais, seul avec vingt personnes, dont pas mal de branques et de poivrasses agressives, j’avais déja bien du mal certains soirs à sauver mon cul, alors assurer la sécurité des plus faibles dans ce pandémonium, faire régner un minimum d’équité, grosse rigolade…
Que les lecteurs de mon bouquin me pardonnent pour les redites, mais y a vraiment pas grand’chose qui change. Quoique…

L’absolu triomphe des camelots du rien qui nous gouvernent, leur morgue et leur mépris offrent un boulevard à l’écrivaillon taquin. Pourtant, il me répugne de tartiner sur les aventures de Mickey, Mickey et le pape, Mickey et sa meuf, Bolufer et son HLM pas cher, les Don Quichotte à la baille, ou le clodo frigorifié place de la Concorde à deux pas de l’Elysée… Le journaleux indigné devient à la longue presque aussi vilain que les affreux qu’il fait mine de dénoncer.

Thierry pelletier, retrouver l’intégralité ici :

http://recits.blogs.liberation.fr/thierry_pelletier/2007/12/rien-de-nouveau.html#more

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