Ce mardi 14 Avril :Dernier maquis-Kino ciné- Lille3

Publié: 14 avril 2009 par luttennord dans Infos, Rendez vous

DERNIER MAQUIS – KINO CINE – LILLE 3


Dernier maquis – Kino Ciné Mardi 14 avril 19h.
En présence du réalisateur
La projection sera précédée par le concert de Sylvain Rifflet, auteur des musiques du film.

La chronique cinéma d’Emile Breton (L’Humanité)

Les palettes et le ragondin

Le Dernier Maquis, de Rabah Ameur-Zaïmèche, couleurs, 1 h 33.

Des palettes de bois s’empilent dans une vaste cour. Des caristes les déplacent, après que d’autres ouvriers les ont peintes en rouge, au pistolet. Un autre homme, le patron, qu’on verra près de l’horloge pointeuse ou dans son bureau en préfabriqué, veille à la régularité des entassements, ramasse les papiers qu’ils ont pu laisser traîjavascript:void(0)ner. Ce sont de vraies palettes, ces indispensables auxiliaires de tout transbordement de marchandises, planches clouées de part et d’autre de tasseaux d’égale épaisseur, de façon à ce que les flèches des chariots élévateurs puissent se glisser dans les intervalles entre les tasseaux pour les transporter, avec tout leur arrimage, d’un lieu à un autre. Ce sont de vraies palettes, et ce pourrait être une vraie petite entreprise de la région parisienne entre campagne maigre et cuves à carburant, mais ce sont aussi les éléments transformables d’un immense Lego aussi amusants à déplacer que peuvent l’être pour des enfants joueurs ces briques de plastique coloré propres à donner vie à tous les rêves de bâtisseurs. Par la magie de cette trouvaille, plastique car la peinture rouge donne à ces outils d’ordinaire en bois brut à peine raboté allure de jamais-vu, mais aussi spectaculaire car les différents agencements rendus ainsi possibles font office de décor changeable à vue. Comme on dit au théâtre, ce film « de banlieue » change de sens. Il devient un objet inquiétant au sens de Jean Rouch, dans un entretien donné jadis à la Nouvelle Critique : « Ce qui me passionne, notait-il, c’est bien cela : mettre en circulation des objets inquiétants. Des objets qui dureront longtemps. Ils resteront comme non pas les témoignages, mais les témoins de quelque chose. »

Tel est bien ce Dernier Maquis

de Rabah Ameur-Zaïmèche. Non pas seulement l’histoire bien racontée des moments d’une petite entreprise en difficulté, mais un témoin de ce qui peut se passer aujourd’hui en France, pays où la main-d’oeuvre immigrée forme le gros des troupes du prolétariat le plus exploité et où il peut arriver que l’exploiteur de cette main-d’oeuvre soit lui-même issu de cette immigration. Musulman, de plus, et prêt à voir dans sa religion le moyen de mieux tenir en main ses ouvriers. Ce qui n’est pas si simple, car il y a dans cette religion même les ferments d’un refus du fait du prince. Et c’est ce qui arrive à ce patron, nommé Mao, ce qui n’est évidemment pas innocent. Dans le hangar qu’il leur a choisi comme mosquée, devant l’imam qu’il leur a imposé, ces ouvriers, maghrébins ou d’Afrique noire, le rappellent, au nom de leur foi commune, à la démocratie, et que c’est à eux de le désigner, cet imam. Aussi, les caristes monteront sur leurs chariots et, déplaçant des piles de palettes, en feront trois murs, qui seront ceux de leur mosquée. Un drap à terre, le tuyau d’arrosage pour les ablutions, et ils n’auront pas besoin d’un mihrab comme celui de la mosquée patronale pour savoir où se trouve l’Est vers qui adresser la prière. Plus tard, un autre entassement de palettes deviendra le minaret du haut duquel le muezzin noir appelle au recueillement, et sa voix sera couverte par le passage d’un avion dans le ciel. Il y a de la beauté dans ce croisement d’un chant venu du fond des âges et l’aigu de ce sifflement de moteur qui l’écrase. Car c’est bien la beauté qui est la marque de tout le film. Pas seulement pour l’utilisation des palettes qui, de mosquée en minaret, deviendront dans la nuit de la fin, sous la lumière crue des phares d’engins élévateurs, l’image d’une de ces grandes cités de banlieue trouée des fenêtres qui ne sont que l’espace entre les tasseaux ou, qui sait, peut-être même les barricades de la révolte à venir. Voilà ce qu’on aime dans ce film : que les gestes du travail, quotidien du désossage d’un camion ou ballet des caristes dans la cour, y soient décrits avec la plus grande précision, mais que la beauté n’en soit jamais absente, et que le chant d’un Africain, dans la mosquée pourtant contestée, s’élève si pur. Et puis on aime aussi, pourquoi ne pas le dire, le ragondin, animal des libres eaux pris au piège d’une fosse de réparation de camion et qui sera rendu à sa rivière. Il n’a peut-être pas grand-chose à voir avec la lutte des classes et l’on n’a même pas besoin d’y lire une métaphore, mais lui aussi, comme les palettes, il apporte cet insolite, ce « plus de cinéma » dont tout film a besoin.

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