Sous le feu des tirs…La police et les révoltés à armes égales

Publié: 17 mars 2009 par luttennord dans Infos

FRANCE VIOLENCE

LE MONDE | 16.03.09 | 10h29  •  Mis à jour le 16.03.09 | 11h05

Les blessures infligées par du petit plomb aux dix policiers touchés aux jambes samedi 14 mars lors d’affrontements dans un quartier des Mureaux (Yvelines) sont superficielles. Mais elles allongent la liste des tirs essuyés par les policiers ces derniers mois. Les violences de Villiers-le-Bel (Val-d’Oise), en novembre 2007, avaient marqué un tournant par leur ampleur. Depuis, il y a eu Grigny (Essonne), où des policiers ont été également pris pour cible.

« Un tabou a été levé, estime un responsable de la sous-direction de l’information générale (SDIG, ex-Renseignements généraux). De plus en plus, dans les cités, ils sortent les armes. » « Un échelon supplémentaire a été franchi, constate de son côté le directeur départemental de la sécurité publique des Yvelines, Christian Loiseau. Ce qui est inquiétant, parce que cela veut dire qu’un verrou psychologique a sauté. » En novembre 2007, 82 policiers avaient été blessés lors des échauffourées de Villiers-le-Bel, dont plusieurs par des tirs, après la mort de deux jeunes circulant sur une minimoto entrée en collision avec une patrouille. Ces événements avaient entraîné un alourdissement de l’équipement policier et, pour la première fois, un appel à témoins rémunérés.

Le 2 février, à Grigny, après l’attaque d’une boulangerie en bordure de la cité de la Grande Borne, quatre policiers avaient été touchés par des tirs de plomb, aux visages et aux jambes; l’un d’entre eux avait été hospitalisé. Des bouteilles remplies de graviers avaient été retrouvées, évoquant un guet-apens.

Même scénario, samedi 14 mars, aux Mureaux. Appelés en début de soirée pour l’incendie d’une voiture dans le quartier des Musiciens, les policiers, accueillis par des jets de projectile, ont eu le sentiment d’avoir été délibérement attirés dans cette zone. Un peu plus tard, vingt-quatre d’entre eux ont été visés et dix blessés par des tirs dans ce quartier et celui de Vigne-Blanche. Un tireur, posté sur un talus et armé d’un fusil à pompe, a été repéré mais n’a pu être arrêté. Un mineur de 14 ans a été placé en garde-à-vue pour avoir lancé des pierres.

A l’origine des ces incidents, la police évoque la mort d’un médiateur municipal, bien connu des services de police, issu du quartier des Musiciens, tué le 8 mars après une course poursuite en voiture à Bussy Saint-Georges (Seine-et-Marne), avec la brigade anti-criminalité départementale. Au cours de la semaine, plusieurs « accrochages », entre jeunes des cités et forces de l’ordre, annonciateurs de tensions, avaient déjà eu lieu à Chanteloup et aux Mureaux. Un CRS avait alors été blessé par un tir de plomb de 12 mm, identique à ceux de samedi soir.

Aussitôt, trois syndicats de police, l’UNSA-Police  » le syndicat unique », Alliance et SGP-FO ont réagi, en dénonçant une « montée de violence organisée et armée ». Dimanche, la ministre de l’intérieur, Michèle Alliot-Marie s’est rendue sur place. Le dispositif de sécurité avait été renforcé et un hélicoptère survolait la zone dès la fin de journée. La nuit a cependant été très calme.

« ON N’Y VA PLUS LA GUEULE ENFARINÉE »

Selon les services de renseignement, ces violences ne témoignent pas d’une montée particulière de tensions dans les banlieues. L’ambiance, dit-on, est toujours la même. Classé secteur difficile, les Mureaux et leurs alentours connaissent cependant, depuis plusieurs semaines, une « certaine tension » selon Christian Loiseau, directeur départemental de la sécurité publique. « Sans doute, avance-t-il, parce que nous avons procédé à beaucoup d’interpellations pour des stupéfiants. En tous cas, je ne crois pas que cela soit lié à la crise ». Reste la forme. « On était habitués aux guet-apens, aux caillassages, dit un commissaire, pas aux tirs ». « Nous nous méfions des guet-apens, témoigne un autre commissaire des Yvelines, et quand nous sommes appelés pour une voiture qui brûle, on n’y va plus la gueule enfarinée. Parfois, quand le feu ne présente pas un danger, on ne se déplace pas ».

Avant les évènements de Villiers-le-Bel, des armes à feu ont pourtant été utilisées, dans une moindre proportion, lors des émeutes de l’automne 2005, à Montfermeil, Noisy-le-Sec, à la Courneuve et à Saint-Denis. Des policiers en patrouille avaient également été visés, à trois reprises, par un ou plusieurs tireurs dans un quartier sensible de Brest. D’autres coups de feu avaient été signalés à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) et Grigny (Essonne), où quatre fonctionnaires avaient été blessés.

En mars 2007, à Etampes (Essonne) des individus avaient organisé un rodéo dans le quartier de l’Epinette, avant d’incendier le véhicule pour attirer pompiers et policiers. Pendant leur intervention, ils ont été visés par 20 à 30 tirs, déclenchés avec une carabine 22 long rifle équipée d’une lunette de visée. Un fonctionnaire avait été touché à la jambe. A Aulnay-sous-Bois, en novembre 2007, des engins explosifs artisanaux – des bouteilles de gaz autour desquelles avaient été scotchées des boîtes de clous – avaient été retrouvés.

Plus récemment, dans un tout autre contexte, lors du mouvement social de février en Guadeloupe, des armes à feu ont été utilisées contre la police, puis en mars, à la Martinique et à la Réunion.

Luc Bronner et Isabelle Mandraud
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